# medifoto

[Sujets de société… culture, immigration, solidarités…]

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«  Le monde a tant changé qu’il est devenu impossible de le photographier comme hier. Et de continuer à pratiquer et concevoir le document à la manière du XXe siècle. Les bouleversements de la situation du monde, des images, des médias et… de la vérité sont tels que les plus rétifs ont été forcés d’admettre que la notion de document elle-même n’était ni immuable; ni séparée de l’état économique, social et idéologique du monde; ni chevillée à une technologie.

Il est ainsi devenu une évidence qu’une photographie n’est pas automatiquement, par essence, documentaire; que la notion de «document» ne se confond pas avec la chimère d’un «degré zéro» de mise en forme; que le plus anodin et spontané cliché est doté d’une forme de part en part singulière, c’est-à-dire singulièrement signifiante; et que les territoires du document et de la fiction ne sont pas séparés par d’inexpugnables frontières. N’en déplaise à Roland Barthes qui n’a cessé d’affirmer ne voir dans une photographie «que la chose» figurée, et d’avouer ainsi être aveugle aux formes, aux choix esthétiques, et aux mécanismes signifiants des clichés, fussent-ils mécaniquement produits.

Ces évidences sur la notion de document énoncées dans le champ théorique se sont imposées avec violence dans le champ de la pratique professionnelle, notamment celle de la photographie de reportage qui connaît depuis les années 1990 de très profonds bouleversements.
De nombreuses agences photographiques ont fermé, ou ont été rachetées, tandis que s’est brouillée la figure mythique du reporter, ce héros de l’information et de la vérité qui a dominé tout le XXe siècle. Sa figure s’est flétrie à mesure que l’information visuelle est passée de la presse sur papier à la télévision; que les sels d’argent des clichés photographiques ont cédé le pas au numérique; que les reporters ont été contraints de passer des grands événements de la planète aux sujets moins glorieux du people.

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Le grand chambardement du monde s’est donc traduit par une remise en cause de l’économie, de la technologie, des pratiques et des esthétiques de la photographie.

La photographie a ainsi connu une série de déplacements : des magazines et journaux d’information vers l’exposition et les musées; des images aux sels d’argent vers les réseaux numériques; de l’enregistrement documentaire vers la construction fictionnelle; du mythe de l’objectivité vers une subjectivité assumée, etc. Après avoir été longtemps fédérée sous l’égide du document, la photographie est aujourd’hui éclatée en une myriade de pratiques et d’orientations singulières. (André Rouillé, sur http://www.paris-art.com).

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